Contextes ou conditions écologiques

Le paysage wallon se caractérise par de fortes diversité de types de sol, de topographie, de niveau d’humidité et d’acidité, … qui définissent une grande diversité de conditions écologiques bien contrastées. Alors que le territoire est assez restreint et le gradient d’altitude ne dépasse pas 700 m, on y observe à la fois des tourbières et des forêts typiques de la Scandinavie, des pelouses et des forêts calcaires de la Méditerranée, les landes typiques de l’Atlantique, des prairies de fauche semi-montagnardes, … au milieu des prairies et forêts alluviales qui découpent les paysages ouverts et forêts des plaines et des collines qui dominent sur les sols de bonne qualité.

Les conditions écologiques physiques d’un milieu (appelé souvent « biotope« ) agissent comme un premier filtre fondamental qui sélectionne les espèces qui sont capables de s’y installer. Seules les espèces adaptées à ces conditions peuvent s’y développer, formant ainsi des cortèges d’espèces caractéristiques (appelé aussi « biocénoses » ou « associations végétales » ou encore « types d’habitat » pour décrire une végétation spécifique récurrente).

Pour identifier ces contextes écologiques qui structurent la répartition de la biodiversité dans les paysages, on mobilise la carte des contextes écologiques marginaux et sensibles réalisée à l’ULiege en 2021 (Pairon et al., 2021) qui est disponible sur WalOnMap et détaillée sur le portail biodiversité.

Cette carte de synthèse mobilise la précieuse carte des sols réalisée dans les années 60 et qui a été ensuite numérisée. Cette carte déjà ancienne reste d’actualités pour identifier les enjeux écologiques physiques même si les activités humaines ont profondément modifié les conditions écologiques originelles avec l’urbanisation mais aussi le drainage, les remblais, les cultures intensives, le réseau viaire, …

Cette carte de base a été mobilisée avec d’autres sources d’informations (carte topographique avec le MNT pour identifier les pentes, le fichier écologique des essences pour définir l’exposition, l’aléa d’inondations pour tenir compte du relief actuel des fonds de vallée) pour identifier trois catégories principales de type de conditions ou contextes écologiques :

  • des contextes écologiques marginaux ( = relativement rares mais aussi où la production primaire de biomasse valorisable est marginale) qui se caractérisent par des conditions écologiques assez extrêmes avec des sols tourbeux, paratourbeux, des sols très humides alluviaux ou non, des sols secs avec des aléas d’inondation moyen à élevé, des fortes pentes (>20°), des sols très superficiels ou sur sable) – 270.000 ha (16% de la Wallonie);
  • des contextes écologiques sensibles avec des conditions écologiques intermédiaires comme des sols secs soumis à des aléas d’inondations plus faibles, des pentes moins fortes (15 à 20°) ou des sols superficiels – 180.000 ha (10% de la Wallonie) ;
  • des bons sols sur des substrats alluviaux ou non modérément humides à secs ou sols non décrits avec un bon potentiel de production valorisable – 1.240.000 ha (74% de la Wallonie).
se_contextes_ecologiques_zoom_niv2ses_contextes_ecologiques_wal_niv2
Cartographie contextes écologiques marginaux et sensibles en Wallonie – Niveau 2 (version 3.5 – 2021)

Les contextes marginaux et sensibles sont intéressants pour 3 raisons :

  • Ils sont d’abord le principal critère qui explique la présence et la répartition en Wallonie de nombreux types d’habitats visés par la Directive « Faune-Flore-Habitats ». Sans leur présence, ces types d’habitats n’existeraient pas. Comme le montre le tableau suivant, chacune des catégories permet d’identifier un ou plusieurs types de milieux concernés par l’Annexe I de la Directive pour lequel la Wallonie a des obligations d’améliorer l’état de conservation, quasi tous mauvais ou inadéquat actuellement (cfr rapport article 17 wallon [2019-2024]). Il est donc essentiel d’identifier les zones du territoire où ces types d’habitats sont présents ou potentiellement présents voire restaurables quand l’occupation ou l’usage des sols n’est pas adéquate.
Contextes écologiques marginaux (CEM)Type de solsHabitats ouvertsHabitats forestiers
A_Tou + (B_Pto)Sols tourbeuxTourbières (7110, 7140) et tourbières dégradées (7120)Tourbières boisées (91D0*)
B_Pto + C_Hum + F_PozSols (très) humides non alluviauxLandes tourbeuses (4010), bas-marais, nardaies (6230), nardaies paratourbeuses (4010), prairies à molinie (6410)Chênaies boulaies à molinies (9190)
D_Alh + D_All + E_AleSols alluviaux humidesMégaphorbiaies (6430)Aulnaies alluviales (91E0*)
I_PFC + I_PeC + J_SSp + J_Sup + F_Poz acides ou pauvresSols secs acides (superficiels/pentes)Landes sèches (4030), landes sablonneuses (2330)Boulaies, chênaies, …
I_PFC + I_PeC + J_SSp + J_Sup calcaires ou richesSols secs calcaires (superficiels/pentes)Pelouses calcaires (6210*)Buxaies (5110), fourrés d’épineux, chênaies calcicoles (9150)
H_PFF + H_PeFPentes fortes fraîchesEboulis siliceux ou calcaires (8150, 8160)Erablières des ravins (9180*)
M_NMH + M_NMsBons solsPrés de fauche (6510, 6520) + landes sèches (4030)Hêtraies et chênaies (9110, 9120, 9130, 9160)
  • Les contextes écologiques marginaux permettent aussi d’identifier les zones du territoire où la production en agriculture ou en sylviculture est soit très compliquée, soit offre un faible potentiel de rentabilité limité voire même négatif. En effet, ce sont des conditions écologiques extrêmes où le service de production de biomasse est limitée, où il est souvent nécessaire d’investir de manière significative (drainage, arrosage, …), où les risques sont importants (tempêtes, incendies, épidémies, …), … avec une espérance de gain très faible dans le meilleur des cas.
  • Par contre, ce sont des zones privilégiées pour assurer des services ou des contributions de la nature régulatrices comme le contrôle des inondations dans les fonds de vallée et les zones humides, le stockage de carbone dans ces zones et les tourbières, la régulation du cycle de l’eau en période d’étiage avec l’infiltration et le stockage à la source, l’amélioration de la qualité de l’eau avec les processus naturels de purification et de lagunage, la mise à disposition de ressources alimentaires diversifiées pour les pollinisateurs utiles pour les hommes et la nature toute l’année, la génération de populations d’espèces prédatrices pour contrôler les ravageurs, l’amélioration de la qualité de l’air par la capture des particules et des oxydants, … Ce sont aussi ces espaces naturels et ces situations topographiques qui ont des rôles immatériels, relationnels ou d’informations, qui sont très appréciées par les locaux ou les touristes pour la qualité du cadre de vie, de l’expérience « nature », de l’observation de la flore et de la faune, les besoins de ressourcements, … et qui peuvent à ce titre générer d’autres sources de revenus.

Il y a donc une réelle conjonction d’intérêts à la fois pour la société, pour la biodiversité et pour l’environnement à ce que ces zones particulières du territoire bénéficient d’une gestion différenciée.

Visualisation cartographique

Le module de visualisation cartographique donne accès à la version simplifiée de la couche originale CEM disponible sur WalOnMap qui a été utilisée pour modéliser les enveloppes écologiques pour la définition des trames du réseau écologique. Différentes opérations de simplification ont été appliquées sur la couche originale et sont définies ci-dessous.

Méthodologie

Sur la base du niveau 3 de la cartographie des CEM (V3.5), différents niveaux sont regroupés en fonction de la répartition des types d’habitats identifiés lors des cartographie détaillées (source : DEMNA) de manière essayer dès le départ d’avoir une association la meilleure possible.

Par exemple les sols très humides sur argiles blanches (drainage efghi de la carte des sols) et les zones de sources dans la catégorie « sols hydromorphes non alluviaux » sont rassemblés. Différents sols alluviaux humides sont aussi regroupés. Les podzols sur sable sont isolé s pour cibler les landes sèches et humides. Les autres zones de podzols ne montrant aucune affinité particulière qui sont transférés dans la catégorie « bons sols ». Pour les fortes pentes (> 20°), on a intégré aussi les pentes moyennes (entre 15° et 20°) dans l’analyse.

Ensuite la couche a été simplifiée pour que les polygones connexes partageant la même classe de la typologie fusionnent. Tous les polygones résultant de moins de 500 m2, puis de 2.500 m2 sont fusionnés avec le voisin partageant la plus grande longueur.

Fichier xls avec la légende détaillée retenue dans le cadre du projet ResEco.

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